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LES QUESTIONS DE POPULATION ET DEVELOPPEMENT DANS LA PRESSE ECRITE CONGOLAISE Version imprimable Suggérer par mail
27-03-2008

Le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) a rendu publique une étude intitulée «Les questions de population et développement dans la presse écrite congolaise», le vendredi 07 mars 2008 à Brazzaville. Cette étude couvre la période allant d’octobre 2002 à septembre 2005. Elle est consécutive à l’atelier de formation des journalistes sur les questions de population et développement organisé en 2002 avec l’appui de l’UNFPA. Elle est une analyse de l’impact de cette formation sur la capacité des journalistes formés à mieux traiter les questions de population et développement. L’ouvrage constitue un point de départ d’une réflexion sur l’appropriation de ces questionspar les professionnels de l’information et de la communication en république du Congo. 

La cérémonie de présentation s’est déroulée en présence de M. Alain Akouala Atipault, Ministre de la Communication, M. Ekiaye Akoli Waméné, Vice Président du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication, M. Richard Dackam-Ngatchou, Représentant de l’UNFPA, des Chefs d’Agences et des médias.

A cette occasion, M. Guy Noël Sam’Ovhey Panquima, réalisateur de ce travail a souligné que l’étude a portésur deuxgroupesdejournauxsuffisammentreprésentatifs delapressecongolaise, à savoir un groupe cible composé de journalistes ayant participé au séminaire et un groupe témoin comprenant ceux qui n’y avaient pas pris part.

CONCLUSION DE L’ETUDE

Lespremières observationsontétéfaitespendant la collecte des matériauxcomposantle corpus. En effet, nousnoussommesviteaperçuque la plupartdesjournauxsontmal organisés sur le plan rédactionnel et ne possèdentpas de service dedocumentation oud’archivage. Il a donc été difficile de se procurer d’anciens exemplaires de leurs publications respectives. Durant la période d’étude, il est apparu nettement que les journaux de la population cible se sont beaucouppenchés sur les questions prises comme items, ceux –ci se fondant sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).Ainsi, ils ont publié près d’une fois et demi d’articles par rapport à ceux de la population témoin. Cela veut dire qu’au cours de la même période, le second groupea accordé très peu d’importance aux OM D.

Au sein du premier groupe,une moitié des journaux s’est distinguée par rapport à l’autre par le nombre important d’articles consacrésaux itemsde recherche .C’est aussi à cette moitié de journaux qu’ appartiennent les journalistes qui ont publié le plus grand nombre d’articles. Dans le second groupe des journaux, un seul s’est détaché du lot, selon le nombre d’articles écrits sur les questions de population et de développement. Malgré cela, dans l’ensemble, l’intérêt pour ces questions est resté relativement faible.

On s’aperçoit alors que le comportement de la population cible vis-à-vis des questions étudiées n’est pas innocent. Il se justifie plutôt par le faitdu bénéfice tiré de l’atelier de sensibilisation. Cet atelier a eu un impact sur les journalistes qui y avaient participé. Cela voudrait dire que l’atelier avait atteint ses objectifs. Mais le temps passant, on a observé une baissepresque régulière du volume des articles consacrés aux questions de la population et de développementdans les journaux de la population cible.

Après un vif intérêt pour ces questions, il a manqué le suivi des recommandations de l’atelier de sensibilisation. On sait que parmi ces recommandations, une revêtait une grande importance : la création d’un réseau des communicateurs pour les questions de populationet de développement à la charge du bureau de L’UNFPA au Congo. Ce réseau mis en place à la fin de l’atelier n’a pas fonctionné. Il en a résulté cette baisse d’importance des sujets en question au sein des rédactions concernées.

Si des mesures correctives sont prises pour remédier à cet état des choses, les journalistes cesseront de traiter les OMD de façon occasionnelle et leur accorderont l’importance qu’ils méritentdans les pages des journaux .C’est en cela que l’action de l’UNFPA au Congo sera davantage couronnée de succès.

Il ressort de l’étude que les questions qui sont revenues le plus souvent sont les IST/VIH/SIDA, la protection de l’environnement, le partenariat pour le développement, le déplacement des populations, la lutte contre la faim et l’extrême précarité. Il est apparu aussi que les maladies telles que la fièvre hémorragique Ebola, le paludisme, la tuberculose, etc. ont eu une fréquence d’apparition assez remarquable dans les colonnes des journaux. Il en a été de même pour l’actualité dont les sujets concernaient l’éducation, la santé, la protection et les droits des enfants. Par contre, dans leur ensemble, les journaux ont très peu traité les sujets concernant la femme (maternité, mortalité, égalité des sexes, autonomisation et scolarité).

En donnant un large écho aux sujets politiques, la presse congolaise relègue les autres sujets au second plan. Les questions de population et de développement; par exemple, n’occupentqu’une mince place dans ses colonnes. C’est ainsi que des questions de première importance comme la réduction de la mortalité maternelle et infantile retiennent très peu l’attention des médias ; d’ou leur marginalisation dans la surface rédactionnelle.

Au sujet de l’occupation de l’espace dans les journaux, nous avons été amené à considérer les articles publiés d’un point de vu technique ; c’est-à-dire en cherchant à savoir quel degré de professionnalisme ont atteint les organes de presse dans la rédaction des événements relatés.

Du point de vue des genres journalistiques, nous avons noté que les journaux se limitent au reportage, à l’interview et au commentaire. D’autres genres, tels que l’analyse, le dossier ou l’enquête sont presque inexistants dans leurs pages.

Rarement nous avons trouvé des avant - papiers sur des événements concernant les activités des Agences des Nations Unies. Pourtant l’agenda des Nations Unies fournit régulièrement à la presse des éléments pour un travail prospectif ou d’investigation.

En conséquence, les articles ont une portée essentiellement informationnelle. Nous avons enregistré en moindre quantité des articlesà vocation explicative ou vulgarisatrice. Il n’est nul besoin de signaler combien l’action éducative de la presse est importante et utile dans n’importe quelle société .En outre, l’étude a révélé une faiblesse notoire chez les journalistes pour l’investigation, alors que les questions de populationet de développement offrent un vaste champ qui se prête à ce type de journalisme.

La prédominancedu reportage, du commentaire et de l’interview n’est pas forcément synonyme de qualifications et de compétences chez les auteurs des articlescomme cela le pourrait le laisser croire. Au contraire, elle est plutôt le fait de la combinaison de plusieurs facteurs négatifs qu’on trouve chez la plupart des journalistes congolais : faible niveau de qualification professionnelle,peu de connaissances des cadres juridiques et de déontologie professionnelle, peu de maîtrise de la langue française, absence de documentation personnelle, manque d’habitude de lecture et de fréquentation des bibliothèques et autres centres d’information et de documentation, peu d’enthousiasme pour un travail de fond.

Sur le plan pur professionnel, il y a des journalistes qui pèchent par le manque de maîtrise des techniques de leur métier. Cela va depuis les reporters et les correspondants, en passant par les rédacteurs jusqu’aux secrétaires de rédaction. Le choix des sujets à traiter et de l’angle sous lequel ils vont être abordés, leur hiérarchisation dans les pages, ainsi que l’habillage des articles relèvent à la fois des techniques journalistiques que de l’art de s’exprimer en communicateur. Etcela n’est pas donné au premier venu.

Il faut d’ ailleurs ajouter au sombre tableau brossé ci-dessus la précaritéde la situation sociale de la plupart des journalistes congolais. Il en résulte des conditions de travail généralement peu propices à l’exercice du métier de journaliste, exigeant et éprouvant, surtout dans une société économiquement faible. Par ailleurs, la lecture des articles recensés a montré que le style journalistique y est à peine passable dans l’ensemble. Il est quelque fois lourd, maladroit, avecdes incorrections quant au langage.

Certains auteurs de textes accusent des faiblesses de vocabulaire, de syntaxe grammaticale et d’orthographe, cela d’autant plus que beaucoup de journalistes ne justifient pas d’une solide culture générale.

Néanmoins, le niveau général d’instruction et de qualification professionnels s’élève depuis quelque temps grâce à l’arrivée sur le marché du travail des jeunes gens qui sortent des écoles supérieures de formation.

Globalement, la titraille des articlesest de qualité passable, tout comme le sont leurs chapeaux. Quantà la mise en page, peu de journaux offrent une physionomie de bonne qualité. La présentationphysique des journaux est passable et monotone. Ce quiconfère aux organes un aspect peu attrayant, encore moinsséduisant aux yeux du lecteur potentiel. En fait, la presse écrite congolaise est de qualité médiocre. Pourtant, il existe quelques titres qui se détachent du lot par la qualité de leurs articles, aussi du point de vue rédactionnel que de ceux de la mise en page et de l’illustration.

Finalement, nous avons observé une presse qui traite les faits et les événements le plus souvent par à-coups, avec un regard centré sur quelques événements considérés comme importants. Larecherche du sensationnel ou du spectaculaire a parfois pris le dessus sur l’essentielqui aurait donné lieu à des explicationspar exemple. Les acteurs de l’actualitésont souvent mis en exergue au détriment des faits ou des événements.

L’absence des spécialistes de population et de développement ne facilitepas la tache à la presse, sans minimiser les faiblesses signalées plus haut. En dépit des apparences, les questions de population et de développement sont relativement complexes. Elles requièrent assez de connaissances et de doigté pour être abordées avec efficacité. Il est difficile pour les journalistes non spécialisés d’en avoir une vision globale, d’en cerner les contours exacts, de les analyser judicieusementet d’en faire des projections ou de procéder à des extrapolations utiles pour les lecteurs à l’aide des techniques journalistiques appropriées.

 
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